Histoires d’héroïnes n°8 Ophélie

De retour pour ce nouvel article, dédié cette fois à une héroïne que j’ai découverte très récemment. Vivant dans un monde fantastique, cachée derrière ses lunettes et sa timidité, propulsée héroïne d’une histoire, là ou elle préfère les lire habituellement, Ophélie n’a rien d’un personnage principal. Pourtant, c’est justement son caractère unique et ses donc singuliers qui vont faire d’elle le cœur du récit, au cours d’une épopée que nous ne sommes pas près d’oublier. Destination donc le Pôle avec La passe-miroir de Christelle Debos.

Entre plusieurs mondes aussi fascinants et complexes les uns que les autres, jonglant entre des familles aux dons tout aussi particuliers, Christelle Debos nous entraine dans une dimension unique, entre mythologie et magie d’un nouveau monde. Là-bas, tout a deux sens de lecture, rien ne se juge au premier regard, tout comme Ophélie qui va se découvrir au fil des péripéties, en même temps que nous allons tenter de la cerner. Une fois n’est pas coutume, mais presque, c’est une anti-héroïne que nous allons apprendre à connaitre, plus discrète que téméraire, moins belle qu’intelligente. 

Il ne faut jamais de fier aux apparences, ça fonctionne aussi avec soi-même, n’est-ce pas Ophélie ?

La passe miroir, de Christelle Debos

« Sous ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons, la jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. A quelle fin a-t-elle été choisie ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel« .

– Synopsis La passe-miroir 1 – Les Fiancés de l’hiver, de Christelle Debos, éditions Gallimard jeunesse

Ophélie modif

Pendant longtemps, en rentrant dans la vie adulte j’ai arrêté les sagas. Comme si ce n’était plus de mon âge, qu’il était temps que je passe aux livres sérieux. Finalement, comme l’écriture ou le théâtre, je me suis rendu compte que les sagas étaient vraiment pour moi des nécessités, des bols d’air, face à la vrai vie d’adulte justement. C’est alors par cette découverte de Christelle Dabos, La passe-miroir, que j’ai effectué mon retour en force vers le monde formidable des sagas.

C’est toujours drôle de voir comme ce que je viens aujourd’hui y chercher, est à la fois si différent et semblable à ce que j’aimais y trouver enfant et adolescente. De l’évasion bien sur, toujours, des personnages différents de moi mais auxquels je peux me rattacher, mais aussi, aujourd’hui, des morales, des conseils à lire entre les lignes. Car, comme les contes ne sont pas si innocents que cela et nous ont guidé via notre imaginaire innocent bien plus qu’on ne le pense [lire le formidable ouvrage « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim], les sagas nous délivrent elles aussi de nombreux messages symbolique, qui nous touchent au cœur.

Dans le cas d’Ophélie, c’est sans doute d’abord son refus du premier rôle, de l’attention, de l’aventure aussi, qui m’a touché. Car c’est dans son musée, au milieu des objets qu’elle peut lire, entant que liseuse, coupé de ses semblables, qu’Ophélie est le mieux. Lorsqu’elle est choisie, c’est avec déchirement qu’elle va quitter son cocons qui la protège du monde, des autres, qu’elle fuit et regarde avec appréhension. Cette timidité maladive nous la voyons aussi très vite par son apparence: négligée, avec ces grandes lunettes de myope qui mettent une nouvelle barrière avec le monde extérieur, où encore sa façon de se tenir, courbée, discrète. C’est la providence, symbolisée par son don, rare, de passer les miroirs, qui va amener Ophélie vers sa destinée, contre son gré.

A la Citacielle, capitale flottante du Pôle, le décor et la vie d’Ophélie bascule, là-bas le mensonge, les inégalités et la violence prône, sortant notre héroïne de sa torpeur et la projetant dans une nouvelle dimension, dangereuse. L’occasion pour elle et pour nous, de dénouer, au fil des pages, les origine complexes de ces mondes, dirigés pas des Dieux aux pouvoir incontestables et aux origines floues, les esprits de famille. Rencontre également avec des personnages centraux des récits, eux aussi aux facettes multiples, inquiétantes et pourtant si bouleversantes.

Tout d’abord avec Thorn, le futur mari d’Ophélie, bâtard, froid, illisible, une ironie pour celle qui peut lire n’importe quoi. C’est là d’ailleurs la profondeur de ce personnage, Ophélie lit les objets que nul autre ne prend en compte, ne remarque, en revanche, elle est bien mauvaise lorsqu’il s’agit de relations humaines. Le Chevalier aussi, cet enfant aux allures de prince, aussi cruel que profondément blessé.  Berenilde, la tante de Thorne, maitresse de l’esprit de famille Farouk, femme forte et fragile en même temps, avide de reconnaissance mais par un être sans cœur, d’ennemie à alliée, elle est une de ceux qui va, pour moi, le plus évoluer au cours du récit. Archibald, bien sûr, l’ambassadeur du pôle, glorifié puis déchu, lui aussi ennemi puis allié. Des personnage attachants car aux carapaces solides, se décomposant doucement au fil des pages, nous laissant apercevoir des failles sans fond, douloureuses et bien plus humaines qu’on aurait pu le penser.

Christelle Debos réussit également un tour de passe passe, en nous montrant à quel point les défauts, pointés du doigt sur Ophélie, par ses proches, la société bourgeoise du pôle et elle-même, sont en réalité de véritables atouts. Sa discrétion va lui permettre d’être à l’affut du moindre secret, une carte considérable à jouer sans cette société de mensonge; sa facilité à se fondre dans la masse va lui ouvrir les portes des yeux et des oreilles du pôles: les employé.e.s et petites mains; finalement, son innocence va lui éviter de perdre son âme dans un monde de vendus et de marionnettes sans sentiments.

Ainsi lire entre les lignes, au delà des apparences, semblent-être les crédos que nous pouvons affilier sans doute à cette héroïne. Car si lorsqu’elle se regarde dans ces miroirs Ophélie ne voit rien en elle d’une héroïne, elle finit finalement par les traverser pour faire face à cette destinée, qui la place, avec justesse, au cœur de l’intrigue.

Peut-être es là le secret d’une bonne héroïne, le devenir par les actes plus que par le titre.  


C’est déjà l’heure pour moi de sonner la fin de cet article. Une belle découverte une fois de plus que j’ai été ravie de partager avec vous. Comme toujours, à jamais j’ai envi de dire, au plaisir de découvrir votre regard sur cette formidable héroïne, en commentaire ou sur Instagram. A la semaine prochaine, prenez soin de vous et belles découvertes !

 

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