Histoires d’héroïnes n°7 Cendrillon

Déjà le septième épisode de la série « Histoires d’héroïnes ». Les héroïnes défilent, mais aujourd’hui il est temps de changer d’angle. Parce que si toutes celles que je vous est présenté jusqu’alors se présentaient plus comme des exemples à suivre, aux fables morales nous montrant un certain idéal progressiste des femme, l’héroïne d’aujourd’hui change de registre. Faisant partie des princesses (clichées à souhait) Disney, racontée et réécrite, Cendrillon, l’héroïne passant des haillons au château royal, est loin d’être un de mes exemples de vie, et pourtant, elle est de celles qui ont compté. Mais pour l’observer sous un angle littéraire original c’est bien de la pièce de théâtre que je pars aujourd’hui, avec Cendrillon [ou Sandra], de Joel Pommerat.

Cendrillon est souvent l’une des premières princesse que l’on rencontre, entre livres de contes et dessins animés Disney. Tyrannisée par sa belle-mère et ses demi-sœur, condamnée aux taches ménagères dans sa propre maison, Cendrillon est aussi l’amie des bêtes. Comme ses consœurs c’est bien évidemment le mariage qui se positionne en quête de son récit, terminé, dans les versions classiques, par le fameux: « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Mais c’est l’angle, plus poétiques du souvenir et des promesses que Joel Pommerat va lui choisir pour nous faire redécouvrir la jeune fille des cendres, sur les planches des théâtres : entre cruauté et modernisme.    

Cendrillon, où la question du destin au rythme du temps qui passe 

Cendrillon, de Joel Pommerat

« A peine sortie de l’enfance, une toute jeune fille s’est tenue au chevet de sa mère grandement malade. N’ayant pas bien compris l’ultime murmure de la mourante, n’ayant pas osé la faire répéter, voilà Sandra liée à cette phrase: « Tant que tu penseras à moi tout le temps, sans jamais m’oublier plus de cinq minutes, je ne mourrai pas tout à fait. » Comment naviguer entre les cendres du passé, le réel qui s’impose, la vie effervescente et une imagination débordante ? Voilà les questions que pose avec délicatesse et poésie Joel Pommerat, l’un des plus grands metteurs en scène de notre époque« .

– Synopsis Cendrillon de Joel Pommerat, éditions Babel poche

Cendrillon

Dans ses premières versions, l’évolution de Cendrillon, de jeune fille endeuillée, maltraitée et seule, devenant pas un coup de baguette magique une magnifique princesse, m’a longtemps horripilé. Parce que tout cela n’est que magie, destinée et chance, parce que l’émancipation qui a lieu n’est que le résultante d’une union avec un homme, plus riche, de catégorie social supérieur et l’ayant choisi.

Dans la version humoristique proposée par le groupe de rock français Téléphone, avec leur chanson Cendrillon, j’ai beaucoup ri de cette princesse déchut parce que trompé avec la Belle au bois dormant et devenant finalement alcoolique. C’est sadique, sans doute, mais je crois profondément que réussir par sa beauté, sa gentillesse et ses petits pieds est relativement restrictif que ce que nous sommes capable de réaliser …

Finalement, en découvrant la réécriture théâtrale de Joel Pommerat, j’ai été étonné de finalement apprécier ce récit. Vivant, dans une mise en scène dynamique et flamboyante, aux personnages caricaturés sans être ridicules et aux symboles omniprésents, aussi violents que poétiques.

Ici, Cendrillon n’est plus qu’un mythe, elle devient Sandra, la toute jeune fille, fragile. Fragile de son histoire, de son présent et de son avenir qui ne se projette que sur 5 min. L’héroïne est aussi ici prisonnière, mais pas seulement de son destin et de sa belle-mère effroyable, prisonnière de sa promesse (quiproquo), du temps (omniprésent) et d’elle-même (imaginaire). Des prisons impénétrables donc, d’autant plus fortement représentées par le château de verre dans lequel la famille vie, au cœur de la mise en scène de Pommerat.

Sandra, n’est pas Cendrillon pendant toute la pièce mais bien Cendrier, résultat d’un nouveau quiproquo qui la relie tout au long du récit à l’odeur de cigarette. Un nouveau passage fait pas l’auteur, du matériel (la cendre) à l’intouchable (la fumée de cigarette), comme un nouveau symbole de l’incessible. Car c’est bien à cela que notre héroïne se raccroche tout au long du récit, à ce qu’elle ne peut changer. Son passé, ses souvenirs, sa condition, tant de choses comme preuves de son destin, acceptés avec fatalité.

Arrive finalement, l’un des personnages central du conte de Cendrillon, la marraine de celle-ci: la bonne fée. Ici plus folle que jamais, capricieuse, extravagante, c’est elle qui va une nouvelle fois chambouler le destin, à sa manière. Pas de citrouille qui se transforme en carrosse,  des pieds suffisent, mais elle reste pour autant un lien direct avec le fameux prince charmant, lui aussi bien éloigné des clichés qui lui collent d’habitude à la peau. Ce prince là est timide, loin de chercher une princesse et surtout lui aussi à des problèmes avec le temps. Cendrillon court ainsi après le celui-ci, le temps, derrière ses fameuses cinq minutes, là où pour lui le temps s’est arrêté la dernière fois ou sa mère est partie. Deux jeunes gens, orphelins de mère, réunis par le temps, effectivement nous ne sommes pas sur la même note que d’habitude.

C’est justement sur cette très belle fausse note, que Joel Pommerat a finalement ajouté Cendrillon, Sandra, à la liste des Héroïnes qui ont fait la différence pour moi. Cendrillon, l’anti-héroïne, timide, victime, oreille attentive, nous donne ici une leçon de style, tout en douceur et en poésie. Il n’est ainsi pas question de mener un quête, de gagner une guerre ou de régner sur un peuple mais bien de faire face, à son passé, ses peurs et pourquoi pas même son destin. Une leçon de style, ou du moins ici de tirade, à garder dans son esprit.

« LA MERE: Ma chérie … Si tu es malheureuse, pour te donner du courage, pense à moi … Mais n’oublie jamais, si tu penses à moi fais-le toujours avec le sourire »                                 – La mère de Sandra, Cendrillon, p.112

Nous nous laissons aujourd’hui sur cette belle promesse, à la semaine prochaine, prenez soin de vous. Au plaisir, plus que jamais, de découvrir vos regards…

Ella

 

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